Durant les trois premières années de la révélation, alors que Muhammad reçoit des révélations divines par l’intermédiaire de l’ange Gabriel, l’appel à la reconnaissance du Dieu unique reste confiné à un cercle de proches. Ce n’est que la quatrième année que l’appel devient public. De plus en plus de Mecquois rejoignent la nouvelle religion prêchant le monothéisme et le bon comportement. Mais cela inquiète les Quraysh, tribu puissante de la Mecque, dont est d’ailleurs issu le Prophète. La nouvelle religion remet en cause le culte des idoles et donc la prospérité économique de la cité. La Mecque était en effet un carrefour commerçant attirant de nombreuses personnes par le culte des idoles, représentées à l’intérieur d’un sanctuaire, la Kaaba. Construite par Abraham comme un lieu dédié à l’adoration du Dieu unique, la Kaaba s’était transformée avec le temps en centre de culte des idoles.
Les Quraysh s’en prennent de plus en plus violemment aux croyants. Les Musulmans sont persécutés et maltraités, certains torturés et tués. Le Prophète demande alors à un groupe de croyants de s’exiler en traversant la Mer Rouge et de demander refuge au négus, roi chrétien d’Abyssinie (au nord de l’Ethiopie actuelle). Lorsque le roi demande aux Musulmans ce qu’ils pensent de Jésus, ils récitent les versets du Coran décrivant la naissance miraculeuse du prophète, fils de la Vierge Marie (voir Jésus dans l’Islam). Le négus, touché par la beauté du texte récité, reconnaît la grande similarité des deux messages portés par Jésus et Muhammad, dit que cette révélation et celle de Jésus proviennent de la même source et accorde sa protection inconditionnelle aux réfugiés musulmans. Le roi chrétien se convertira d’ailleurs plus tard à l’Islam.
A la Mecque, la situation continue de se dégrader et les notables mecquois de persécuter les croyants. Un boycott est décidé : il est interdit de commercer ou d’avoir quelque relation que ce soit avec les Banu Hashim et les Muttalib (les clans du Prophète et de son oncle). Dans les faits, cela signifie ne plus pouvoir acheter de nourriture, ne plus pouvoir contracter le moindre accord, … Les croyants sont exilés chez eux, exclus de toute vie sociale, soumis à la faim, tentant de survivre. Ce boycott durera trois ans. Trois années difficiles, à laquelle succèdera une année de grande tristesse pour le Prophète qui perd sa femme et son oncle, celui qui l’a accueilli et éduqué comme son fils puis protégé contre les persécutions des Quraysh. Dieu lui rappelle la fragilité de l’Homme.
Cette même année, le Prophète se rend à Taif, une ville voisine, pour prêcher avec bienveillance la foi en un Dieu unique. Les habitants lui jettent des pierres et le chassent en l’humiliant, ainsi que son compagnon Zayd. Blessé, le sang coulant, le Prophète reste clément, patient, miséricordieux. Triste pour ses frères en humanité, il invoque son Seigneur d’une invocation restée célèbre. Lorsque l’ange Gabriel ainsi qu’un autre ange lui demandent s’il souhaite que cette ville soit détruite, il répond qu’il souhaite plutôt que parmi leur descendance certains aient la foi et croient en Dieu…
Pendant les quelques années suivantes, le Prophète (qui s’est remarié avec Aïsha) rencontre des habitants de Yathrib, une ville au nord de La Mecque qui sera bientôt renommée Médine. Des habitants de Yathrib se convertissent, propagent le message et assurent leur protection au Prophète. En 622, la situation étant devenue de plus en plus difficile et dangereuse à La Mecque, des Musulmans se rendent à Yathrib. Accompagné d’Abu Bakr, son ami de toujours, le Prophète, âgé alors de cinquante-deux ans, émigre à son tour et quitte La Mecque. C’est l’Hégire. Après près de treize ans de persécutions à La Mecque, contraints à l’exil, les croyants vont établir une communauté de foi à Médine.
Suite : La période médinoise
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